#51 - La Couleur Tombée du Ciel

dessin illustration Lovecraft Couleur Ciel Maison
Tindalos #51 - La Couleur Tombée du Ciel

 

     La Couleur Tombée du Ciel était la nouvelle préférée de Lovecraft. Et pour cause, l'horreur est une parfaite confrontation à l'inconnu. Le bloc surgi de l'espace, logé dans les entrailles de la terre, est une chose insaisissable : est-ce organique ? est-ce minéral ? est-ce un élément de matière doté d'esprit ? ou est-ce une pure manifestation physique ? Dans le déroulé de l'histoire, les interrogations ne cessent de se multiplier : est-ce bienfaisant ou malfaisant ? tout grandi, tout devient luxuriant, mais tout finit par devenir gris et cassant... et quand la chose déploie sa "couleur", celle-ci même est impalpable, indescriptible, n'appartenant à aucun degré du spectre chromatique connu.

     Pour un musicien, ce cadre narratif est un véritable défi. Comment retomber sur des réflexes habituels de composition si tout le texte fuit la référence précise ?

     Ici, le thème musical employé est celui du cadre géographique. Nous sommes à proximité d'Arkham... Eh bien, soit ! faisons entendre le thème d'Arkham :

musique partition notes
Le Thème Arkham

 

     Cette mélodie, nous l'utilisons depuis longtemps (cf. #20 - L'Image dans la maison déserte), et nous utilisons tout d'abord les "harmonies d'Arkham", simple succession d'accords mineurs construits sur cette succession de notes : si mineur, do mineur, réb mineur, sib mineur, si mineur, si mineur - comme suit :

Les "harmonies d'Arkham"
Les "harmonies d'Arkham"

 

     Nous retrouvons le thème lui-même sur la ligne la plus basse.

     Dans le premier extrait, chaque accord est joué sans tempo bien précis, avec une forte résonance, afin d'échapper à une perception trop facile du temps. Dans les reprises du thèmes apparaissent une basse de plus en plus fuyante et des bruits venant perturber l'écoute. Il se passe quelque chose, et rien n'est vraiment rassurant ici...

 

     Dans le second extrait, une note est tout d'abord tenue - créant un climat d'attente. Des cordes graves font retentir le "thème Arkham" dans le grave, de manière menaçante. À partir de 0'58, je transforme le "Thème Arkham" et le présente dans sa position miroir - c'est-à-dire en inversant les directions mélodiques. Au lieu de le faire débuter sur la note si, je transpose à la quinte diminuée supérieure, question de jouer sur un intervalle tendu :

Le Thème Arkham, en miroir
Le Thème Arkham, en miroir

 

     Puis, à 1'35, le "Thème Arkham" retourne à sa présentation initiale. Il n'est pourtant pas d'une stabilité exemplaire, au regard des multiples dissonances qui le gangrènent (à 1'53).

     À 2'13, c'est le retour du Thème Arkham en miroir.

     Quelques notes de piano rappellent la thématique des initiales (HPL et les miennes, voir Génériques). Le piano finit par s'imposer avec des notes répétées, jouées pianissimo, en jouant essentiellement sur les dissonances.

     La couleur est indéfinissable. La musique vient de quitter un monde tonal (extrait 1) pour un monde beaucoup plus atonal (extrait 2).

 

     L'extrait 3 est plus informe peut-être. Tout débute par le martèlement d'une note. Une rythmique s'installe, et laisse place au Thème Arkham (0'50) :

 

     Mais dès 1'00, il est immédiatement suivi du Thème Arkham en miroir, d'ailleurs joué de manière plus pesante encore.

     À 2'10, le rythme se démultiplie avec des doubles-croches à l'accompagnement, mais retourne à une scansion plus lente pour laisser surgir le thème de mon propre prénom, suivi de mon nom (à 2'15). Par jeu, je ne fais entendre que la première partie (mon prénom), suivie d'un impact dans le grave ; je joue deux fois avec ce procédé avant de lancer la seconde partie (mon nom), immédiatement suivie par le Thème Arkham en miroir :

musique partition notes
Thème de mon prénom & nom

 

     Quitte à mélanger les thèmes, je fais ensuite entendre à 3'27 le thème "Howard Phillips Lovecraft" :

 

     Ce jeu des thèmes (Arkham original, Arkham en miroir, mon prénom & nom, Howard Phillips Lovecraft) permet de tisser un réseau musical porteur de sens : double signature en rapport avec la ville imaginaire, dont les lignes se troublent considérablement.

    

     L'extrait 4, utilisé en approche du final et pour sa résolution, installe un climat d'étrangeté :

 

     Notes tenues dans le grave et l'aigu, avec dissonances, tournoiement dans le médium/grave, puis thème "Howard Phillips Lovecraft", suivi de multiples tournoiements. La chose s'est enfuie, regagnant le grand dehors... alors qu'un morceau est resté en terre...


Commentaires: 0